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La Révolution tranquille

27 juillet 2026 14 min de lecture Par Académie Premier

Série

Évolution de l'école au Québec

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Évolution de l'école au Québec - un dossier documenté, chapitre par chapitre, sur un siècle de transformations, des écoles de rang jusqu'à l'intelligence artificielle.

Introduction

Un matin de septembre 1960, deux adolescents québécois du même âge peuvent encore habiter deux mondes scolaires presque étrangers l'un à l'autre.

Le premier fréquente un collège classique. Son parcours, long, exigeant et largement réservé aux garçons des familles capables d'en assumer le coût, peut le conduire vers l'université et les professions libérales. Le second termine bientôt l'école publique. Dans sa famille, poursuivre des études après l'âge obligatoire signifie souvent quitter la maison, renoncer à un salaire et entrer dans un réseau d'établissements difficile à comprendre. Les programmes, les diplômes, les administrations et les conditions d'admission varient d'un secteur à l'autre. L'éducation québécoise forme moins un système qu'un assemblage d'institutions confessionnelles, locales et spécialisées.[1][2]

Le problème n'est pas que le Québec ignore l'école. Depuis des générations, des institutrices, des communautés religieuses, des commissions scolaires et des familles ont bâti un réseau immense avec des moyens souvent limités. Le problème est que ce réseau, conçu par étapes pour une société rurale et confessionnelle, doit désormais servir une population urbaine, jeune et engagée dans une économie de plus en plus technique.[3]

Au cours des années 1960, le Québec ne se contentera donc pas d'ajouter des classes. Il changera la manière même de penser l'éducation. L'école cessera progressivement d'être une succession de portes réservées à certains parcours. Elle deviendra une responsabilité centrale de l'État et, surtout, un droit qu'une société moderne doit rendre réellement accessible.

Cette transformation porte un nom : la Révolution tranquille.

1. Une société devenue trop grande pour son ancien système

Une société devenue trop grande pour son ancien système
Une société devenue trop grande pour son ancien système. Reconstitution éditoriale.

À la mort de Maurice Duplessis, en septembre 1959, le Québec entre dans une période d'incertitude politique. Moins d'un an plus tard, l'équipe libérale de Jean Lesage remporte l'élection du 22 juin 1960 avec un programme de modernisation de l'État. L'éducation n'est pas le seul chantier. L'électricité, la santé, l'administration publique, la culture et l'économie sont aussi en transformation. Mais l'école se trouve au cœur du projet, car aucun autre secteur ne touche aussi directement la capacité du Québec à former ses citoyens, ses techniciens, ses enseignants, ses ingénieurs et ses dirigeants.[4]

Le défi démographique est considérable. Les enfants du baby-boom arrivent massivement dans les écoles. Les villes et leurs banlieues grandissent. La demande pour des études secondaires et supérieures augmente, alors que l'organisation scolaire demeure fragmentée entre comités confessionnels, commissions scolaires, collèges classiques, écoles normales, instituts techniques et établissements spécialisés.[1][3]

L'accès est profondément inégal. La distance géographique, le revenu familial, le sexe, la langue, la confession et le type d'école fréquentée peuvent modifier toute une trajectoire. Dans de nombreuses régions, poursuivre au-delà du primaire supérieur ou du secondaire exige de partir. Pour les familles modestes, le coût ne se limite pas aux droits scolaires : il comprend le transport, le logement et le salaire que le jeune ne rapporte pas à la maison.

Ce système a produit des enseignants, des intellectuels et des professionnels remarquables. Pourtant, il ne peut plus accueillir équitablement une génération entière. La question devient urgente : comment transformer un réseau d'institutions en un véritable système public d'éducation?

2. La Commission Parent ouvre les portes et les dossiers

La Commission Parent ouvre les portes et les dossiers
La Commission Parent ouvre les portes et les dossiers. Reconstitution éditoriale.

Le 21 avril 1961, le gouvernement crée la Commission royale d'enquête sur l'enseignement dans la province de Québec. Elle sera bientôt connue sous le nom de son président, Mgr Alphonse-Marie Parent, alors vice-recteur de l'Université Laval. La composition de la Commission est elle-même révélatrice du moment : elle réunit des religieux et des laïcs, des spécialistes des sciences sociales, des éducateurs, ainsi que deux femmes, Jeanne Lapointe et soeur Marie-Laurent de Rome.[1][5]

Les commissaires ne travaillent pas en vase clos. Ils visitent des établissements, étudient des systèmes étrangers, reçoivent des centaines de mémoires et entendent des groupes qui ne partagent ni les mêmes intérêts ni la même vision de l'école. Églises, associations enseignantes, universités, commissions scolaires, groupes économiques et citoyens viennent décrire les forces du réseau, mais aussi ses impasses.

Cette enquête constitue un immense exercice de mise en commun. Pour la première fois à cette échelle, le Québec observe son système scolaire comme un ensemble. Les commissaires ne demandent pas seulement combien il manque de classes. Ils interrogent la finalité de l'éducation, la formation des maîtres, la gouvernance, les programmes, l'orientation, l'enseignement technique, l'accès des filles, la place des régions et le passage vers l'université.[1][6]

Le travail durera plusieurs années. Le rapport sera publié en cinq volumes entre 1963 et 1966. Cette longueur n'est pas un accident. Elle reflète l'ampleur de l'objet étudié et la volonté de proposer une architecture cohérente, de la maternelle à l'université.[1]

3. Le Rapport Parent change la question

Le Rapport Parent change la question
Le Rapport Parent change la question. Reconstitution éditoriale.

Le premier tome, rendu public en 1963, ne présente pas l'éducation comme un service périphérique. Il la place au centre de la démocratie, de l'économie et de l'épanouissement de la personne. Le principe directeur est radical par sa simplicité : l'origine sociale ne doit plus déterminer jusqu'où un enfant peut apprendre.[1][7]

Le Rapport Parent propose une administration unifiée, un ministère de l'Éducation, un Conseil supérieur de l'éducation indépendant, une scolarité mieux structurée, une formation renouvelée du personnel enseignant, un secondaire polyvalent et un nouvel ordre collégial situé entre l'école secondaire et l'université. Il recommande également de rapprocher les établissements des populations, de développer l'éducation des adultes et d'offrir des voies générales et professionnelles qui ne soient plus organisées comme des mondes séparés.[1][6]

Le rapport ne rejette pas tout l'héritage précédent. Il reconnaît la contribution historique des communautés religieuses, des collèges et des éducateurs. Mais il affirme qu'une société moderne ne peut laisser la cohérence d'ensemble dépendre d'une multitude d'autorités qui se chevauchent. L'État doit planifier, financer, coordonner et rendre des comptes.

Cette distinction est essentielle. La Commission n'invente pas à elle seule la volonté de réforme. Elle donne une structure, un vocabulaire et une légitimité à des changements déjà réclamés par plusieurs milieux. Sa force tient autant à la qualité de son diagnostic qu'au fait que le gouvernement choisira d'agir avant même la publication du dernier volume.[5][6]

4. Le bill 60 provoque une bataille politique

Le bill 60 provoque une bataille politique
Le bill 60 provoque une bataille politique. Reconstitution éditoriale.

Créer un ministère de l'Éducation paraît aujourd'hui évident. En 1963, la proposition soulève pourtant une vive opposition. Depuis le XIXe siècle, l'administration de l'enseignement repose largement sur des structures confessionnelles catholiques et protestantes. Pour plusieurs acteurs, un ministère risque de concentrer trop de pouvoir entre les mains de l'État et de réduire l'autonomie des familles, des Églises et des institutions.[8]

Jean Lesage dépose une première version du bill 60 en juin 1963. Devant la contestation, le gouvernement en reporte l'étude. Paul Gérin-Lajoie, ministre de la Jeunesse, entreprend alors une tournée d'information à travers le Québec. Le projet revient en janvier 1964. Les débats parlementaires sont longs et serrés. L'opposition accepte le principe d'un ministère, mais réclame des amendements sur l'équilibre des pouvoirs et les garanties confessionnelles.[8][9]

La loi est finalement adoptée en 1964. Elle crée à la fois le ministère de l'Éducation et le Conseil supérieur de l'éducation. Cette double structure répond à une préoccupation fondamentale : donner au gouvernement la capacité d'administrer et de coordonner, tout en maintenant un organisme consultatif capable d'observer le système avec une certaine autonomie.[8][10]

Paul Gérin-Lajoie est assermenté le 13 mai 1964 comme premier titulaire du ministère. L'événement marque un déplacement historique de responsabilité. L'éducation n'est plus un dossier réparti entre plusieurs autorités sans direction politique unique. Elle possède désormais un ministre, une administration et un budget identifiables.

5. Un ministère doit maintenant construire un système

Un ministère doit maintenant construire un système
Un ministère doit maintenant construire un système. Reconstitution éditoriale.

La création du ministère ne transforme pas instantanément les écoles. Elle donne cependant au Québec un centre de décision capable de produire des programmes, d'établir des normes, de planifier les bâtiments, de soutenir les commissions scolaires, d'organiser la formation des maîtres et de suivre les effectifs à l'échelle provinciale.[10][11]

La tâche est immense. Il faut accueillir les cohortes du baby-boom, prolonger les parcours, recruter du personnel et construire rapidement. Le paysage québécois se remplit d'écoles modernes, souvent vastes, conçues pour offrir sous un même toit des laboratoires, des ateliers, des bibliothèques, des gymnases et des services d'orientation.

L'investissement dans les infrastructures scolaires atteint alors une intensité exceptionnelle. À l'échelle canadienne, l'âge moyen du parc de bâtiments d'enseignement descend à 11 ans en 1969, conséquence des grandes vagues de construction, particulièrement au Québec et en Ontario.[12] Ce chiffre ne mesure pas seulement le béton. Il révèle le rythme auquel une société agrandit sa capacité d'accueillir et de former sa jeunesse.

Le ministère doit aussi professionnaliser ses propres outils. Planification, statistiques, recherche pédagogique et prévisions d'effectifs deviennent indispensables. L'école entre dans l'ère des grandes politiques publiques.

6. Les polyvalentes promettent plusieurs chemins sous un même toit

Les polyvalentes promettent plusieurs chemins sous un même toit
Les polyvalentes promettent plusieurs chemins sous un même toit. Reconstitution éditoriale.

Le secondaire polyvalent est l'une des images les plus visibles de la réforme. L'idée consiste à réunir dans de grands établissements des formations générales, scientifiques, techniques et professionnelles. Les élèves peuvent explorer davantage de matières et recevoir des services qui étaient difficiles à offrir dans de petites écoles.[1][11]

La polyvalente incarne une promesse démocratique : ne plus séparer trop tôt les jeunes selon leur origine ou leur destination présumée. Un élève doit pouvoir découvrir ses aptitudes, modifier son projet et accéder à des équipements auparavant réservés à certains établissements. Les programmes sont graduellement réorganisés et le cours secondaire public devient une voie normale vers les études supérieures.

Mais la nouveauté entraîne aussi des tensions. Les établissements sont parfois immenses. Des enseignants et des élèves doivent apprivoiser une organisation plus bureaucratique. La diversification des parcours peut élargir les possibilités, mais elle peut également recréer des hiérarchies si les filières professionnelles sont perçues comme des voies de second rang.[6][13]

Les polyvalentes ne constituent donc ni un échec simple ni une réussite sans nuance. Elles sont le laboratoire grandeur nature d'une ambition : offrir plus de choix à beaucoup plus de jeunes, partout au Québec.

7. Enseigner autrement exige de former autrement

Enseigner autrement exige de former autrement
Enseigner autrement exige de former autrement. Reconstitution éditoriale.

Une réforme des structures ne vaut que par les personnes qui la font vivre. Or, l'expansion rapide du réseau crée une demande massive d'enseignantes et d'enseignants. Leur formation, longtemps assurée notamment par les écoles normales, est progressivement transférée vers les universités. Le métier se professionnalise, les exigences de qualification augmentent et les sciences de l'éducation prennent une place nouvelle.[1][6]

Dans les classes, les changements dépassent les programmes. Les laboratoires, les bibliothèques, l'orientation scolaire et les services spécialisés modifient l'expérience des élèves. La pédagogie devient un objet explicite de recherche et de débat. Comment évaluer sans simplement trier? Comment soutenir des élèves plus nombreux et plus diversifiés? Comment concilier culture générale et préparation à l'emploi?

Ces questions annoncent les grands débats pédagogiques des décennies suivantes. La Révolution tranquille ne les résout pas. Elle crée les institutions dans lesquelles ils pourront se tenir.

Elle transforme aussi la place des femmes. Déjà majoritaires dans plusieurs secteurs de l'enseignement primaire, elles accèdent en plus grand nombre aux études supérieures et à de nouvelles professions. Le changement demeure incomplet, mais l'élargissement du réseau modifie profondément les horizons scolaires et professionnels d'une génération de Québécoises.[3][6]

8. Les cégeps inventent un ordre d'enseignement propre au Québec

Les cégeps inventent un ordre d'enseignement propre au Québec
Les cégeps inventent un ordre d'enseignement propre au Québec. Reconstitution éditoriale.

Avant la réforme, le passage du secondaire à l'université emprunte plusieurs chemins : collèges classiques, instituts techniques, écoles spécialisées et autres établissements dont les programmes et les statuts diffèrent. Le Rapport Parent propose de regrouper cette transition dans un nouvel ordre d'enseignement public, gratuit et accessible dans les régions.[1][14]

La Loi des collèges d'enseignement général et professionnel est adoptée le 29 juin 1967. Douze premiers cégeps ouvrent leurs portes à l'automne. Onze autres s'ajoutent en 1968. Le réseau atteindra 36 établissements en 1970, puis continuera de s'étendre.[8][14]

Le cégep combine deux missions. La formation préuniversitaire prépare aux études universitaires. La formation technique conduit directement au marché du travail tout en maintenant une formation générale commune. Cette coexistence constitue une innovation majeure. Elle place la culture générale, la technique et l'orientation dans un même établissement.

Le développement dépasse même les prévisions initiales de la Commission, qui envisageait environ trente collèges. Le Conseil supérieur de l'éducation constatera plus tard que les objectifs d'accessibilité ont été « atteints, voire dépassés ».[14]

Le cégep devient rapidement une institution caractéristique du Québec. Il rapproche les études supérieures des régions et offre à des milliers de jeunes un espace de transition qui n'existait pas auparavant.

9. L'Université du Québec rapproche le savoir des régions

L'Université du Québec rapproche le savoir des régions
L'Université du Québec rapproche le savoir des régions. Reconstitution éditoriale.

L'accessibilité au collégial ne suffit pas si l'université demeure concentrée dans quelques grands centres. En 1968, l'Assemblée adopte la Loi de l'Université du Québec. Le nouveau réseau reçoit une triple mission : élargir l'accès à la formation universitaire, contribuer au développement scientifique et participer au développement des régions.[8][15]

Les premiers établissements du réseau transforment la géographie du savoir. Des étudiants peuvent entreprendre des études universitaires à Montréal, Trois-Rivières, Chicoutimi et bientôt dans d'autres régions sans nécessairement intégrer les anciennes universités. La recherche et la formation professionnelle se rapprochent des besoins régionaux.

Cette expansion modifie aussi la composition de la population étudiante. L'université accueille davantage de femmes, d'étudiants de première génération et de personnes issues des classes moyennes ou populaires. L'accès n'est pas devenu parfaitement égal. Les coûts, les attentes familiales, la préparation scolaire et les inégalités sociales continuent de peser. Mais la porte s'est considérablement élargie.[6][15]

En moins d'une décennie, le Québec a donc créé un ministère, réorganisé le secondaire, inventé les cégeps et fondé un nouveau réseau universitaire. Peu de sociétés transforment aussi rapidement l'ensemble de leur architecture éducative.

10. La démocratisation produit des résultats mesurables

La démocratisation produit des résultats mesurables
La démocratisation produit des résultats mesurables. Reconstitution éditoriale.

Le mot démocratisation ne signifie pas seulement construire davantage d'établissements. Il désigne l'élargissement réel de la population qui peut poursuivre ses études.

Les effets apparaissent dans la fréquentation scolaire, dans l'accès au collégial et dans la croissance des effectifs universitaires. Le Conseil supérieur de l'éducation rappellera que le Rapport Parent envisageait de porter l'accès au collégial à 45 %. Les résultats dépasseront cette cible. Le taux d'accès à l'enseignement collégial passera ensuite de 39,3 % en 1975-1976 à 65,8 % en 2015-2016.[14] La tendance commence avec les institutions créées pendant la Révolution tranquille.

Les réformes changent également le sens social du diplôme. Le secondaire devient une étape attendue plutôt qu'une exception prolongée. Le collégial public offre une nouvelle norme de passage. L'université cesse progressivement d'être l'horizon d'une petite minorité.

Cependant, l'accès ne garantit ni la réussite ni l'égalité parfaite. Les écarts entre régions, groupes sociaux, sexes, réseaux linguistiques et types de formation persistent. L'expansion rapide crée aussi de nouveaux problèmes : écoles trop grandes, orientation complexe, bureaucratie, disparités de services et tensions entre formation générale et professionnelle.[6][13]

La démocratisation est donc un processus, pas une date. Les années 1960 en constituent le grand point de bascule.

11. Une révolution réelle, mais ni soudaine ni totale

Une révolution réelle, mais ni soudaine ni totale
Une révolution réelle, mais ni soudaine ni totale. Reconstitution éditoriale.

L'expression Révolution tranquille peut donner l'impression qu'un gouvernement a remplacé du jour au lendemain l'ancien monde par un nouveau. L'histoire est plus complexe.

Les réformes s'appuient sur des débats, des expériences et des revendications antérieurs à 1960. Des religieux, des enseignants, des intellectuels, des fonctionnaires et des associations avaient déjà identifié plusieurs problèmes. Les communautés religieuses ne disparaissent pas soudainement du réseau. Certaines institutions sont transformées, intégrées ou soutenues dans un nouveau cadre public. Le secteur privé continue d'exister et la Loi de l'enseignement privé de 1968 stabilise son financement pour les établissements reconnus.[3][8]

La mise en œuvre traverse aussi les changements de gouvernement. Après la défaite des libéraux en 1966, l'Union nationale de Daniel Johnson poursuit plusieurs chantiers. Les cégeps et l'Université du Québec sont créés sous ce gouvernement. La réforme scolaire est donc plus large qu'un seul parti ou qu'un seul mandat.[4][8]

Enfin, le nouveau système conserve certaines continuités. Les structures confessionnelles demeureront importantes pendant des décennies. Les inégalités ne disparaissent pas. Les débats sur la taille des écoles, la qualité des programmes, la place du privé, l'autorité du ministère et la formation des maîtres commencent à peine.

La rupture décisive est ailleurs : l'État québécois accepte désormais d'être responsable de la cohérence, de l'accessibilité et du développement de l'éducation.

Conclusion : l'école devient une infrastructure de la société

Au début de cette série, l'école de rang suivait le rythme de la terre, des saisons et de la communauté locale. Dans les années 1960, l'école change d'échelle. Elle devient une infrastructure collective comparable aux réseaux de santé, d'électricité ou de transport.

La Commission Parent fournit le plan. Le ministère donne une direction. Les polyvalentes élargissent le secondaire. Les cégeps créent un pont public entre l'école et l'université. L'Université du Québec rapproche l'enseignement supérieur des régions. Ensemble, ces institutions redessinent les trajectoires possibles.

Le changement le plus profond n'est peut-être pas visible dans les bâtiments. Il se trouve dans une nouvelle attente sociale : un enfant ne devrait plus voir son avenir scolaire décidé d'avance par son code postal, le revenu de ses parents ou le type d'établissement accessible près de chez lui.

Cette promesse demeurera inachevée et contestée. Mais elle deviendra le point de référence de toutes les politiques scolaires qui suivront.

Infographie récapitulative
Infographie récapitulative - Partie 3

Dans le prochain article

Une fois les grandes institutions créées, il faut les faire fonctionner.

Des années 1970 aux années 1990, les réformes deviennent la nouvelle normalité. Les cégeps s'enracinent, le réseau de l'Université du Québec s'étend, les commissions scolaires se transforment et de nouveaux débats pédagogiques apparaissent.

La prochaine partie racontera comment une révolution administrative est entrée dans la vie quotidienne de millions d'élèves, de parents et d'enseignants.

Infographie - résumé visuel

La Révolution tranquille et l’éducation

La démocratisation scolaire des années 1960.

Point clé

Le Rapport Parent, la création du ministère de l’Éducation, les polyvalentes, les cégeps et l’Université du Québec transforment en profondeur le système éducatif.

1

Commission Parent (enquête)

2

Rapport Parent (recommandations)

3

Bill 60 - Création du MEQ

4

Polyvalentes + Cégeps

5

Université du Québec (régions)

Résultats
  • Démocratisation massive de l’accès
  • Formation des enseignants réformée
  • L’école devient une infrastructure de la société

Chapitre 3 de la série « Évolution de l’école au Québec » - Académie Premier.

Académie Premieracademiepremier.com

Sources

  1. Commission royale d'enquête sur l'enseignement dans la province de Québec. Rapport Parent, cinq volumes, 1963-1966. Bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec
  2. Québec, Département de l'Instruction publique. Rapports annuels et statistiques scolaires de la période précédant la réforme. Bibliothèque et Archives nationales du Québec
  3. Dufour, Andrée. Histoire de l'éducation au Québec. Montréal, Boréal, 1997
  4. Assemblée nationale du Québec. Introduction historique, 26e législature, 3e session
  5. Corbo, Claude. « Le rapport Parent : une longue préparation et un héritage durable », dans Pierre Doray et Claude Lessard, dir., 50 ans d'éducation au Québec, Presses de l'Université du Québec, 2016
  6. Conseil supérieur de l'éducation. Le Rapport Parent, vingt-cinq ans après, rapport annuel 1987-1988
  7. Conseil supérieur de l'éducation. Projet de loi visant à modifier la Loi sur l'instruction publique, mémoire sur le projet de loi 144, 2017
  8. Bibliothèque de l'Assemblée nationale du Québec. Les réformes des années 1960, guide des grands textes politiques et législatifs
  9. Assemblée législative du Québec. Deuxième lecture du bill 60 proposant la création d'un ministère de l'Éducation, débats des 23 janvier et 5 février 1964, p. 238-275 et 653-668
  10. Québec. Loi instituant le ministère de l'Éducation et le Conseil supérieur de l'éducation, Statuts du Québec, 1964, chapitre 15; Loi sur le ministère de l'Éducation, chapitre M-15
  11. Ministère de l'Éducation du Québec. Rapports annuels, programmes et documents de planification, 1964-1970
  12. Statistique Canada. Âge de l'infrastructure d'enseignement : tendances récentes, 2009
  13. Doray, Pierre et Claude Lessard, dir. 50 ans d'éducation au Québec. Québec, Presses de l'Université du Québec, 2016
  14. Conseil supérieur de l'éducation. Les collèges après 50 ans : regard historique et perspectives, 2019
  15. Québec. Loi de l'Université du Québec, Statuts du Québec, 1968, chapitre 66
  16. Statistique Canada. Statistiques historiques du Canada, section W : Éducation
  17. Rocher, Guy. Travaux sur la Commission Parent, la démocratisation scolaire et la sociologie de l'éducation au Québec
  18. Linteau, Paul-André, René Durocher, Jean-Claude Robert et François Ricard. Histoire du Québec contemporain, tome II : Le Québec depuis 1930. Montréal, Boréal